La pensée barbelée


Layadi Nacer Eddine

Dans son livre ” Histoire politique du barbelé”, le philosophe Olivier Razak pose la question suivante: pourquoi certains pays utilisent-ils encore le fil barbelé, qu’on  nommait autrefois corde du diable, et ce à l’ère des caméras de vidéosurveillance très sophistiquées, de l’identification biométrique et du GPS qui signale le moindre mouvement ou déplacement dans les endroits les plus éloignés du globe terrestre et peut même détecter les richesses sous-sol. Le même philosophe nous enseigne que le fil barbelé, cet outil agricole ingénieux, a été ulilisé pour la première fois, en 1874, par l’Americain Joseph Glidden, fermier de son état. Il lui a suffit de doter le fil de fer de boucles épineuses pour protéger ainsi ses droits de  propriété. L’armée américaine, qui avait  trouvé cette invention géniale, n’a pas tardé à s’en accaparer. Et depuis, cette invention s’est répandue dans presque tous les pays du monde. On peut citer à titre d’exemple la France qui l’utilisa, de 1828 à 1940, dans la construction de la ligne Maginot afin de fortifier ses frontiéres avec les pays limitrophes et la Hongrie qui en  a fait autant pour empêcher les immigrés clandestins en provennance de l’Autriche de pénétrer dans son territoire.

L’utilisation du fil barbelé s’est accélérée pendant et depuis la Deuxième Guerre mondiale pour délimiter les champs de mines. Peu d’Algériens se souviennent  peut-être encore de la ligne Challe qui a été construite à partir de 1957 par l’armée coloniale. Son concepteur, le général Maurice Challe, commandant en chef des armées en Algérie, voulait que cette ligne barbelée, minée et électrifiée tout au long des frontières avec la Tunisie, servit à mettre fin à l’approvisionnement de la révolution algérienne en armes et munitions provenant de la Tunisie.

Il est clair que la l’utilisation du fil barbelé séparant les êtres humains contredit le discours sur la mondialisation qui s’efforce de convaincre les plus réticents à la libre circulation des biens matériels et les êtres humains. Mais le constat de cette contradiction peut occulter la portée symbolique du fil barbelé illustrée par l’agressivité en rapport aux poteaux en bois reliés par une corde, et l’exclusion qui fait dire à Olivier Razak que ce fil réserve le même traitement aux êtres humains qu’aux animaux!

L’histoire des lignes de fil barbelé peut faire croire qu’elles ne constituent pas le prolongement historique des murs et autres murailles. Effectivement le mot «  mur » ,dérivé du latin « murus », signifie « obstacle » protégeant les habitants de la Cité des attaques étrangères et des razzias. Il sépare les braves gens des mauvais. C’est la raison pour laquelle  les murailles étaient considérées comme le symbole du pouvoir central et centralisateur. Et leur démolition dénote la fin des Empires.
Certains prédisent que le fil barbelé va mettre fin à l’édification des murailles en les remplaçant,   vu qu’il peut prendre en charge  l’essentiel de  leurs fonctions. Mieux encore, ce fil peu coûteux et adaptable répond  à des besoins trés variés: délimiter les pâturages, fortifier les sites militaires, chasser les chiens errants et autres animaux en les éloignant des propriétés privées, départager les biens fonciers etc.… Malheureusement , la réalité contredit toute prédiction dans ce domaine car on n’a pas cessé de construire des murailles depuis le IIIe siècle av. J.- C  séparant les êtres humains et les  dressant les uns contre les autres.  Cette construction-là  a mis en doute les différents récits des idéologues de la mondialisation et de l’internet qui n’ont pas cessé de promettre à l’humanité un avenir radieux : l’abolition des frontières, une communication riche et instantanée instaurant la confiance et la compréhension mutuelle qui font oublier les guerres et autres conflits armés!

Certes les frontières qui séparaient les pays démocratiques du Nord sont abolies et le fer barbelé a largement déserté le paysage des démocraties libérales. Mais est-ce que ce progrès constitue  une raison suffisante pour se réjouir? On pense que le plus dur reste à faire. Il consiste de se libérer de  « la pensée barbelée ». Celle qui se concrétise par les stéréotypes et autres clichés véhiculés par les messages publicitaires, les films , les caricatures, les bandes dessinées et animées, les news et les contes populaires.

Il semble que les stéréotypes, tribut de la diversité culturelle, religieuse et linguistique, remplissent les mêmes fonctions que le fils barbelé d’une manière soft mais dangereuse. Ils fortifient l’ego collectif, délimitent ses frontières,  méprisent  autrui , l’étranger et le trouvent bizzare et barbare. Ils le poussent avec agressivité vers l’isolement sinon à l’exclusion.

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نُشر بواسطة د. نصرالدين

- د. نصر الدين لعياضي، كلية علوم الإعلام والاتصال، جامعة الجزائر - 11الجمهورية الجزائرية شارع مختار دود بن عكنون الجزائر العاصمة العنوان الإلكتروني: alayadi2014@outlook.com

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