Les femmes du photoshop


Layadi Nacer eddine

Qui aurait prédit l’ampleur du succès du ” Photoshop” dans notre vie professionnelle et sociale? Probablement personne,y compris son  propre inventeur: Thomas Knoll. Cet étudiant en post- graduation à l’université du Michigan aux USA, ne croyait pas un instant que son invention allait bouleverser nos rapports à l’image et marquer profondément l’histoire du graphisme.L’histoire commerciale du” Photoshop” commença en 1990 avec un premier contrat signé avec la société Apple. Et depuis, il est consacré outil fabuleux des retouches de l’image, de sa correction et des trucages de la photo
Ce n’est pas un hasard si la première image ” travaillée” par ” Photoshop” était celle d’une femme en l’occurrence, la Suédoise Lena Söderberg un top-modèle, à qui le magazine de charme Playboy consacra en novembre 1972, sa couverture. Elle a mérité le titre de première dame d’Internet pour son image” photoshopée”. Celle-ci a permis “de bien tester les différents algorithmes de traitement d’images “. Donc c’est l’image d’une femme et non d’un homme qui inaugura l’histoire du Photoshop.  Depuis, ce programme a traité  plus d’images de femmes  que d’ hommes. Les spécialistes en la matière estiment qu’entre 80 à 90% de photos de femmes sont ” photoshopées ” par des agences de publicité et de mannequins, et les rectifications qu’elles subissent touchent 50 à 75% de la surface de la photo, afin de les embellir et mettre en valeur leur féminité.
Il est évident que les techniciens se surpassent lorsqu’il s’agit de photos d’actrices et d’artistes et de top-modèle. Il leur faut plus de patience et de ténacité pour effacer les rides de leur visage , atténuer certaines rondeurs de leur corps et concilier surtout leurs désirs avec les normes d’esthétique exigées par les agences spécialisées en communication et publicité. Par contre les photos des hommes ne nécessitent presque aucun effort puisqu’il s’agit de refléter au mieux leur état naturel, voire brut, outre que l’homme est exempt de tout reproche sur son aspect physique– culture macho et  philosophie de l’esthétique de la laideur obligent.

Certains considèrent que rectifier une photo est une pratique normale et acceptée par tous . Elle constitue une suite à la logique de l’acte même de photographier lequel exige une sorte de mise en scène préalable:  choix d’une posture face à la caméra,  maquillage, éclairage, angle de prise de vues,  cadrage,  plan de la photo…

Dans ce sens, la technique numérique a offert des moyens idoines pour mieux maîtriser les paramètres techniques de la photo et par conséquent sémantiques. Elle a permis la rectification d’une mise en scène postproduction.

Ce qui inquiète, probablement, dans l’usage du Photoshop ce n’est pas tant la démocratisation du trucage des photos –car n’importe qui peut désormais, avec peu de moyens et de connaissances techniques, inventer des photos imaginaires– l’inquiétude vient du fait  de la valeur ajoutée qu’apporte le Photoshop à l’image, pour en devenir une référence en se substituant à la réalité. La preuve a été donnée par les fans du mannequin américain Cindy Crawford. Ils ont désapprouvé, en décembre 2013, la photo publiée dans l’édition mexicaine de la revue Marie Claire car elle y apparaît naturelle,sans artifices! C’est-à-dire qu’elle n’a pas bénéficié de l’apport esthétique des pixels afin de corriger ses défauts physiques apparents … Ainsi le Photoshop est devenu ,paradoxalement, la preuve intangible de l’authenticité des personnes!

Certains essaient de démontrer le bien-fondé de l’usage du Photoshop et autres logiciels traitant l’image numérique de la femme , argumentant que la recherche de la beauté  est une constante féminine et humaine. Le   recours à la chirurgie esthétique pour certaines, en est la preuve et ce phénomène a bien existé avant même  l’invention des logiciels qui a révolutionné l’esthétique de l’image. Peut–être le photostop nous rappelle-t-il  que le mot image n’évoque plus une représentation visuelle, mais une ressemblance et que désormais, c’est la quête de ressemblance qui pose problème

Outil génial et précieux pour les médias, le photoshop   aide à  la fabrication de l’image de femmes  « parfaites »  et encourage celles qui  veulent leur  ressembler. Heureusement que la chirurgie esthétique existe disent les uns; mission impossible disent les autres, dans la mesure où la femme parfaite est irréelle , un produit purement imaginaire

La chirurgie esthétique pousse, certainement, l’imitation du corps vers son point extrême,  néanmoins elle pourrait  constituer, aussi, un handicap pour la communication, notamment non-verbale. Le langage du corps est silencieux. Il exprime les attitudes et les émotions qu’il est difficile de contrôler.   Or le fait  d’injecter du silicium et autres botox, pour gonfler les lèvres ou effacer les rides, diminue énormément  la contraction des muscles du visage. Il porte même préjudice à toute communication implicite laquelle s’appuie plus sur l’expression du visage

Finalement, peut-on dire  qu’on perd en communication ce qu’on gagne en esthétique

نُشر بواسطة د. نصرالدين

- د. نصر الدين لعياضي، كلية علوم الإعلام والاتصال، جامعة الجزائر - 11الجمهورية الجزائرية شارع مختار دود بن عكنون الجزائر العاصمة العنوان الإلكتروني: alayadi2014@outlook.com

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